Fabriquer une paire de chaussures, l'atelier

Comment fabriquer une paire de chaussures

On les achète souvent pour une occasion particulière, pour combler un besoin ou simplement sur un coup de coeur….

Mais vous êtes-vous déjà posé la question de savoir comment fabriquer une paire de chaussures ?

 

 

Fabriquer une paire de chaussures est très complexe.

 

Cela demande un véritable savoir-faire mais également beaucoup de temps !

 

Dans cet article je vais vous détailler toutes les étapes nécessaires pour fabriquer une paire de chaussures.

Mais également vous donner des astuces pour savoir faire la différence entre une paire de qualité et les autres. 

 

Accrochez-vous, concentrez-vous c’est technique!

Si besoin reportez-vous au lexique de la chaussure

 

 

La vision du styliste

 

Tout commence dans l’esprit tordu créatif d’un styliste.

En fonction de ses envies, des attentes ou d’une inspiration divine il va dessiner la chaussure de vos rêves:

  • l’extravagante que l’on repère de loin
  • la discrète qui vient sublimer votre tenue
  • etc…

Bref à cette étape tout est possible !

 

Le dessin du styliste (mais également ses choix de coloris et matières) servira de guide tout au long de la fabrication. 

 

 

Une histoire de formes

 

Cela saute aux yeux.

Des chaussures il y en a pour tous les pieds et de toutes les formes (des plus ou moins douteuses d’ailleurs mais ce n’est pas le sujet ici…). 

Chaussure pointues

Si vous connaissez quelqu’un avec des pieds aussi pointus ça m’intéresse!

 

En fonction des désirs du styliste, le formier, va réaliser la base de toutes les paires de chaussures du monde.

Un volume indispensable pour fabriquer une paire de chaussures qu’on appelle la forme (un nom assez logique vu l’utilité de l’objet).

 

Mais le formier ne tient pas uniquement compte des envies du styliste.

Il va tâcher de réaliser une forme dans laquelle vos pieds vont pouvoir rentrer, respirer, etc.

Bref rendre la chose portable et même agréable à porter! 

 

On comprend pourquoi le formier se doit de posséder des connaissances orthopédiques (ossature et musculature du pied) afin de proposer des formes qui le respectent.
Note: Dès cette étape il est évident que, chaque pied étant unique, la même paire de chaussures ne pourra pas convenir à tout le monde. 

 

D’abord en bois, les formes, une fois validées, seront ensuite fabriquées en plastique et dans toutes les pointures nécessaires. 

Forme en bois pour chaussures sur-mesure

Dans le cadre des souliers sur-mesure la forme est taillée directement dans le bois Crédit: les belles chaussures

 

 

Mettre le volume à plat

 

Vous l’avez compris la forme est en volume. Sachant que le cuir est “une surface plane” il va forcément falloir réussir à passer de l’un à l’autre! C’est le rôle du patronnier / modéliste

 

Il va d’abord réaliser ce qu’on appelle une coquille.

C’est une réplique, en volume, de la forme dans un plastique moins rigide sur lequel il va pouvoir dessiner.

Il pourrait dessiner directement sur la forme mais sachant qu’elle peut être utilisée pour fabriquer différents modèles de chaussures c’est plus pratique de procéder ainsi). 

Fabriquer une paire de chaussures: le patronage

Le patronnier retranscrit sur la forme les lignes imaginées par le styliste. crédit: Cécile Debise

 

Sur cette coquille il va donc redessiner les lignes imaginées par le styliste et ainsi agencer entres eux les différents morceaux qui constitueront le dessus et la doublure de la chaussure (appelée tige).

 

Il matérialise et note toutes les informations utiles: coutures, remplis, perforations, etc.
note: le rempliage (technique qui consiste à replier sur lui-même le bord d’une pièce de cuir pour un rendu plus esthétique est un premier indicateur de la qualité de réalisation d’une chaussure.
Les bords francs (ie non rempliés) sont plus rapide et donc plus économique à réaliser mais présentent une finition moins qualitative.
Par exemple tous les bords des souliers Jacques & Déméter sont 
remplis

 

Tout cela sera fait en veillant à conserver des proportions élégantes mais aussi à garantir “les fonctions de base” de votre paire de chaussure:

  • ouverture suffisamment grande pour pouvoir rentrer le pied
  • éviter que le haut de la chaussure frotte sur la malléole,
  • etc. 

 

Le patronnier / modéliste va alors procéder à l’éclatement du dessin réalisé sur la coquille et ainsi mettre à plat les différentes pièces constituants la tige. C’est ainsi qu’on obtient les patrons des différentes pièces. 

Après éclatement on obtient les gabarits de coupe des éléments constitutifs de notre paire de chaussures

Après éclatement on obtient les gabarits de coupe des éléments constitutifs de notre paire de chaussures

 

 

La découpe des éléments

 

Les patrons sont alors confiés au coupeur qui va les utiliser pour découper les différentes parties (on dit qu’il les lève) nécessaires pour fabriquer notre paire de chaussures dans les matières choisies par le styliste. 

 

En plus de devoir manier avec dextérité des objets tranchant le coupeur à un rôle très important:

  • il sélectionne les peaux: selon leur qualité (la qualité du cuir est bien évidemment un des éléments les plus important dans la qualité finale des souliers) elles sont plus ou moins adaptées à la fabrication d’une paire de chaussures.
    C’est sa connaissance de la matière qui va lui permettre de choisir la bonne peau pour réaliser la bonne pièce.
  • Le cuir peut coûter très cher. Le coupeur doit donc d’optimiser au maximum la surface disponible sur la peau afin de limiter le plus possible les pertes! 

note: un coupeur de qualité va savoir choisir la partie de la peau la plus adaptée pour la pièce à réaliser mais est également capable de voir et éviter les défauts du cuir (piqure d’insecte, veine, cuir  creux, etc.) 

A l'aide des gabarits le coupeur "lève" les pièces dans la matière choisie

A l’aide des gabarits, le coupeur “lève” les pièces dans la matière choisie. Crédit: le sac du berger

 

C’est également lui qui découpe (en fonction des patrons) les renforts invisibles qui se trouveront entre le cuir du dessus et la doublure.

Ces éléments que vous ne voyez jamais sont un bon moyen pour un fabricant peu scrupuleux de faire des économies (certains ne prennent même pas la peine de mettre).

 

Au prix du cuir vous imaginez les économies réalisées en utilisant du carton ou du plastique pour ces pièces. 

Pour les chaussures Jacques & Déméter nous utilisons des matériaux de qualité, même pour les éléments que vous ne voyez pas
(si le sujet vous intéresse je vous invite à lire l’article les éléments invisibles des chaussures)

  • bout dur (à l’avant du pied)
  • contrefort (au niveau des talons)
  • renforts d’oreilles de quartier (oui oui ça s’appelle comme ça!) qui solidifient les passants des lacets et évitent que le trou s’arrache lorsqu’on serre nos souliers.

Note: la coupe peut être faite main avec un tranchet: moins rapide donc plus coûteux. Ou alors réalisée avec des emportes pièces en métal à l’aide d’une presse hydraulique: plus rapide mais l’investissement pour  développer des emportes pièces est conséquent. Sacré casse-tête non?

 

 

L’assemblage des éléments

 

Une fois découpés, tous les éléments vont être assemblés pour former le dessus de la chaussure.

C’est ce qu’on appelle le piquage

 

C’est à partir de cette étape que les différents morceaux de cuir vont être cousus ensemble pour commencer à donner une forme à la chaussure. 

 

Pour éviter d’avoir une sur-épaisseur lorsque deux morceaux de cuir se superposent le piqueur doit les parer.

Cela signifie qu’on réduit volontairement l’épaisseur au niveau des liaisons entre les morceaux. 

Parage du cuir par une piqueuse

Une piqueuse pare à la main une pièce de cuir. Crédit: Cécile Debise

 

Le piqueur réalise aussi le rempliage : le bord de certaines pièces est plié sur lui-même puis collé et cousu afin d’obtenir une finition plus esthétique. 

 

Le piquage se termine par le claquage qui est une opération au cours de laquelle on assemble l’avant et l’arrière de la chaussure ensemble pour obtenir la tige.

Celle-ci sera alors lacée afin d’être prête à monter.

note: la finesse du piquage est également un bon indicateur de la qualité de fabrication d’une paire de chaussures.
Chez Jacques & Déméter nos tiges sont cousues avec des points rapprochés (5 points par cm) et avec une aiguille adaptée au fil utilisé – cela prend du temps pour re régler la machine au changement de fil – afin d’obtenir une couture plus jolie et de meilleure qualité !

 

 

 Montage et semellage

 

Tige de chaussures

Ci-dessus une tige de chaussures presque terminée qui va pouvoir être montée. Crédit: Cécile Debise

 

Note: À partir d’ici les étapes diffèrent en fonction du type de montage.
Je souhaite ici vous faire une présentation générale des étapes de la fabrication d’une paire de chaussures.
Je rentrerai dans les détails dans un prochain article!
Gardez simplement à l’esprit qu’une chaussure de qualité sera toujours cousue (Blake, Goodyear, Norvégien, Bolognais, etc.) alors que les autres seront simplement collées. 

 

Nous avons donc un dessus de chaussure informe et sans semelle.

Pas pratique pour marcher !

 

C’est ici que notre paire de souliers va prendre forme…

 

Dans cette opération on va donc mettre la tige assemblée en place sur la forme (mais si!!! vous savez celle qui a été fabriquée par le formier!) afin de donner le volume à la chaussure. 

 

Avant toute chose il faut mettre en place les renforts entre la peausserie et la doublure. Ces éléments sont encollés avec, en général, une colle faite de farine de gruau diluée au vinaigre blanc d’alcool (appelée colle de Vienne):

  • le contrefort qui maintient le talon en place
  • le bout dur, à l’avant, pour éviter la déformation

 

La tige va ensuite être montée sur la forme et fixée en dessous (au niveau de la semelle) à la première de montage (en cuir pour des chaussures de qualité ou en croute de cuir pour les autres).
Note: si vous passez votre main à l’intérieur de la chaussure vous sentirez la différence: la croute de cuir à un aspect rugueux.


Nous obtenons une chaussure en volume (enfin!). Selon les cas cette opération se fait à la main ou à la machine. Le cuir sera attaché à la première de montage grâce à des pointes dites “tête homme”. 

Montage de la tige sur forme

La tige a été montée sur la forme et fixée à la première de montage. Crédit: Sophie Bottiere

 

Sur l’image ci-dessus vous pouvez constater qu’il y a une différence d’épaisseur entre la première de montage et la tige.

 

Chez les bons fabricants de chaussures se vide est comblé avec du liège naturel qui possède, naturellement des propriétés isolantes et absorbantes qui permettront d’encore mieux garder vos pieds sec et au chaud!

Cela permet en plus d’avoir une surface bien plane afin d’afficher la semelle. 

 

Au cours de cette opération le cuir est soumis à d’importantes contraintes : on tire fortement dessus afin de le faire épouser parfaitement la forme.

 

C’est également lors du montage qu’on pose un cambrion (en cuir ou en bois… ou en plastique pour certains… je pense que commencez à voir les différentes ficelles!) destiné à soutenir la voûte plantaire.

 

Certains fabricants (comme notre atelier de Cholet) laissent alors la chaussure montée sur forme se reposer: c’est le temps de pose.

Cela permet aux contraintes imposées aux matériaux (on vient quand même de forcer le cuir, une surface plane, à prendre un volume!) de se diffuser pour une meilleure répartition et éviter les déformations lorsque la forme sera retirée.
Note: on comprend aisément, par souci de rentabilité, que certains fabricants sautent cette étape – qui peut durer jusqu’à 48/72h – afin de fabriquer plus vite. 

 

Nous avons donc notre tige montée sur forme et fixée sur la première de montage.

Il va falloir mettre une semelle !

 

Dans le cas d’une semelle en cuir celle-ci est découpée avec un emporte pièce en fer forgé dans un cuir à tannage végétal extra-lent (de 12 à 18 mois selon les fabricants) afin d’obtenir un cuir plus dense qui ne se fripera pas lorsqu’il sera plié.

Je vous le donne en mille : certains fabricants utilisent des semelles en cuir tannée pendant 6 mois voire moins.

Découpe de la semelle en cuir

Crédit: chaussure-luxe

 

Dans un premier temps la semelle va être encollé, à la première de montage.

À l’aide d’une fraiseuse on retire le surplus de cuir de la semelle.

Dans certains cas la semelle est également “verrée” afin de permettre, ensuite, une belle finition à la cire sur la semelle et le talon. 

 

Certains fabricants laissent le fil de la couture apparent.

Chez Jacques & Déméter nous poussons le souci du détail et de la qualité plus loin en proposant un montage dit sous gravure.

Qu’est-ce que c’est que cela ?

Et bien on pratique une incision dans la semelle qui va accueillir la couture permettant de lier la semelle à la tige ou la trépointe selon le type de montage.

Gravure semelle chaussure

Gravure dans la semelle pour accueillir la couture

 

Note: le fil utilisé pour la réalisation de cette couture a une importance dans la qualité du montage: un fil à haute résistance et poissé assurera solidité du montage et étanchéité en bouchant les trous de la couture.

La gorge dans laquelle la couture a été réalisée est ensuite refermée pour protéger le fil d’une usure prématurée. 

 

Une fois la semelle cousue un bon fabricant (oui nous le faisons aussi mais je pense que vous vous en doutiez) offrira à la paire de chaussures un nouveau temps de pose afin, une fois encore, de laisser les contraintes imposées aux matériaux se diffuser et éviter une déformation.

 

Semelle et talon sont alors poncés pour obtenir un rendu bien uniforme mais également une meilleure tenue des finitions. 

Oui les finitions, notre paire de chaussures est quasiment terminée.

 

 

Finition

 

Pose, si nécessaire d’oeillets, laçage définitif, brûlage des fils qui dépassent, etc.

On entre ici dans les petits détails qui ont néanmoins de l’importance pour une paire de chaussures de qualité !

Le diable se cache dans les détails comme disait l’autre.

finition 

 

Un bon fabricant nourrira et cirera les chaussures avant de vous les livrer afin de sublimer le cuir utilisé.

Certains poussent les finitions jusqu’à teinter la semelle, le talon et l’éventuelle trépointe pour obtenir une harmonie de couleur (vous n’aviez pas remarqué ces détails sur nos modèles?) qui, elle aussi, rendra vos souliers encore plus beaux! 

 

Voilà, vous connaissez, à présent, toutes les étapes nécessaires pour fabriquer une paire de chaussures de qualité mais vous avez également quelques repères pour reconnaître une paire de qualité ou une arnaque.

Selon les modèles et la méthode de fabrication on dénombre pas moins de 120 étapes pour fabriquer une paire de chaussures.

 

Avec un processus de fabrication qui est si dépendant de l’humain vous imaginez bien que les compétences et le savoir-faire jouent une importance capitale dans la fabrication de votre paire de souliers. 

 

 

Fabriquer une paire de chaussures: illustration en vidéo:

 

Pour finir je vous invite à regarder cette vidéo d’Alexander Nurulaeff de l’atelier de patine Dandy Shoes Care:

Alexander Nurulaeff – Shoes from Alexander Nurulaeff on Vimeo.