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prêt à chausser, made to order, mesure: quelles différences?

    Dans le but de satisfaire les grands amateurs de chaussures que nous sommes certaines maisons proposent de plus en plus de services.

    A tel point que l’on peut parfois s’y perdre. 

    Surtout, les prix varient énormément et on ne comprend pas tout le temps pourquoi. 

    Dans cet article je vais vous expliquer ce que signifient ces différentes appellations et pourquoi les prix peuvent être si différents. 

     

    L’idée de cet article m’est venu récemment lorsque j’ai reçu une question en apparence toute simple par mail.

    On me demandait s’il était possible de réaliser nos city boots dans un autre cuir mais également d’ajouter une boucle de fermeture au niveau de la cheville. 

    Nous réfléchissons depuis un petit moment à la mise en place d’un système de chaussures à la commande.

    D’ailleurs nous offrons d’ores et déjà la possibilité de commander une paire réaliser spécialement pour vous dans les tailles que nous n’avons pas sur stock

    Mais dans le cas de cette personne la demande est plus complexe.

    Nous avons alors échangé et je lui ai expliqué que le processus était compliqué mais pas impossible.

    Ce monsieur devait passer nous voir pour essayer le modèle, que nous nous mettions d’accord sur l’emplacement et la taille de la fermeture à boucle, mais également sur la matière utilisée.

    Jusqu’ici tout allait bien…

    C’est lorsque j’ai amené sur la table la question du délai de fabrication et du prix que j’ai senti que cela se compliquait. 

     

    Nombreux sont ceux qui ne réalisent pas la complexité de réalisation d’une paire de chaussures. 

    L’article « comment fabriquer une paire de chaussures » vous détaille tout le processus et vous fera sans doute comprendre la complexité de la chose.

    Fabriquer une chaussure prend beaucoup de temps.

     

    Ajoutez à cela le fait que les ateliers ne font pas cela pour la gloire mais pour en vivre et payer leurs employés.

    On obtient une équation complexe ou le client ne comprend pas toujours ce qu’il doit payer! 

    Rentrons donc dans le détail des différentes offres que vous pouvez trouver. 

     

     

    Les chaussures « prêt à chausser » (PAC) – Ready to wear (RTW) en anglais

     

    C’est le cas de figure le plus courant.

    On parle ici des chaussures que vous pouvez croiser dans toutes les boutiques.

    Cela va des souliers d’entrée de gamme en croûte de cuir (< 100€) à ceux réalisés par des ateliers compétents, en cuir pleine fleur, dans les règles de l’art (cela peut aller jusqu’à 1000€ chez certaines marques). 

    C’est l’équivalent, dans le vêtement, du prêt-à-porter (PAP).

     

    Vous entrez dans une boutique, vous flashez sur une paire. Vous l’essayez, elle vous va comme un gant et vous repartez avec.
    Note : Le prix n’est pas forcément un gage de qualité: je vous invite à découvrir les 10 choses à vérifier avant d’acheter une paire de chaussures pour ne pas vous faire avoir. 

     

    Note: j’ai rédigé une check-list des 10 points essentiels pour déterminer votre pointure dans un pdf gratuit (j’y ai même ajouté un tableau de conversion FR, UK et US). 

    Vous pouvez la télécharger ici. Comme ça vous êtes certain que votre prochaine paire sera à la bonne taille!  

    TELECHARGER LA CHECK-LIST

     

    Dans ce cas de figure tout est « verrouillé ».

    La forme (éventuellement disponible avec des demi-pointures et des largeurs différentes) et le patronage ne peuvent pas être modifiés.

    Les cuirs et matériaux non plus et les coloris au choix sont également imposés.

    Vous vous en doutez, du point de vue du fabricant, c’est le modèle économique et le plus simple à gérer.

    Il permet d’avoir une visibilité sur les quantités de matières à acheter.

    En termes de temps (et donc de coûts) de fabrication la encore c’est un avantage.

    Les ateliers peuvent « travailler à la chaîne » sur des séries de modèles identiques. Ils connaissent les modèles, les machines n’ont pas besoin d’être réglées sans cesse et le chef d’atelier n’a pas besoin d’être en permanence derrière eux pour éviter les erreurs.

    C’est donc un gain de temps pour tout le monde ! 

     

    C’est aussi, potentiellement, le modèle le plus rentable.

    Si vous vous engagez auprès de vos différents fournisseurs (cuirs, atelier de fabrication, autres matières premières) à acheter de grandes quantités il est simple d’obtenir des remises.

    Vous allez donc payer moins cher vos chaussures et rares sont les fabricants qui vont répercuter cette baisse sur leur prix de vente.

    Donc la marge augmente !

     

    Je fais une rapide précision: les modèles PAC que vous trouverez dans le commerce, sauf très rares exceptions – en tout cas rien à moins de 700€ – ne sont jamais « fait main ».

    Cet argument fait parti des 3 mensonges les plus utilisés pour vous vendre des chaussures.

     

    Pourtant c’est une appellation qui revient chez plusieurs marques.

    Forcément, d’un point de vue marketing, c’est plus vendeur.

    Mais ne vous laissez pas berner.

     

    Alors certes, la fabrication de chaussures est impossible à automatiser à 100%. L’humain est essentiel et indispensable.

    Pour autant ce n’est pas parce qu’un ouvrier (malgré toute son expérience et tout son savoir-faire) guide la chaussure dans une machine que l’on peut qualifier cela de « fait main ».

    J’en parle plus en détail un peu plu bas. 

     

    Bref le « prêt à chausser » se sont les chaussures telles que vous les connaissez.

    Ce n’est ni un gage de qualité ni un gage de médiocrité.

    C’est simplement la forme la plus courante sous laquelle vous trouverez des chaussures.

     

    L’inconvénient c’est que vos pieds ne seront peut-être pas compatibles avec les formes utilisées et qu’il vous faudra renoncer et vous rabattre sur un autre modèle.

    Prenez tout de même le temps de vous renseignez car certains fabricants, même pour leur ligne PAC, proposent leurs modèles avec des demi-pointures et dans différentes largeurs.

    Parfois sur stock mais plus souvent à la commande. 

     

     

    Les chaussures made to order (MTO)

     

    Dans le but de satisfaire les désirs les plus fous de leurs clients, sans pour autant tomber dans l’extrême du sur mesure dont je vous parle ensuite, de plus en plus de maisons proposent des chaussures dites made to order. 

    exemple choix des formes programme MTO

    exemple choix des formes programme MTO

     

    Ici le procédé de fabrication est plus compliqué et donc plus coûteux qu’en prêt à chausser.

    Mais l’idée est simple: vous offrir une paire de chaussures unique et personnalisée selon vos envies. 

     

    Concrètement comment ça se passe?
    Note: alors sachez déjà que c’est assez rare mais certains fabricants vous donneront la possibilité de modifier légèrement le design ou vous proposeront d’ajuster un peu la forme à votre pied.
    Mais dans la grande majorité des cas vous choisirez une forme et un design parmi ceux que proposent le fabricant.
    A partir de la vous êtes complètement libres! 

     

    Sur une paire MTO vos pieds vont être mesurés sous tous les angles afin de déterminer la pointure (ou demi-pointure) et largeur qui, pour la forme choisie, vous conviendront le mieux.

    Rien n’est fait spécialement pour vous mais on colle au plus près de vos mensurations pour plus de confort.  

    Prise de mesures par la maison Clairvoy

     

    Pour le reste vous êtes le seul maître à bord.

    Vous pouvez choisir :

    • le type de cuir
    • la couleur
    • utiliser deux, trois, quatre, matières différentes.
    • le type de semelles
    • etc.

    Les possibilités sont illimitées.

     

    Certains fabricants vous laisseront même la possibilité de choisir le montage de votre chaussure. 

    Maintenant que vous savez comment on fabrique une paire de chaussures, vous comprenez bien toute la difficulté que cette offre représente pour les fabricants. 

    Choix des semelles pour des chaussures MTO

    Choix des semelles pour des chaussures MTO

     

    Certes les formes et patronages sont existants donc cela facilite les choses.

    Mais il faut que tous les intervenants soient bien au courant du résultat souhaité :

    • le coupeur doit savoir pour quelles pièces les différents cuirs seront utilisés afin de respecter le prêtant de la peau.
    • Les piqueurs doivent connaître le type de fil et de couture souhaités par le client.
    • Le monteur doit lui savoir quelle semelle utiliser et comment elle doit être cousue.

    Les sources d’erreurs, donc de pertes de temps et d’argent, sont, vous le voyez tout de suite, bien plus nombreuses. 

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    Nous sommes donc sur la réalisation d’une paire à l’unité.

    Cela signifie que les machines vont devoir être calibrées uniquement pour celle-ci et qu’il n’y a aucune possibilité de travailler par séries et donc d’optimiser le temps.

    Cela a donc forcément un coût que l’on retrouve sur le prix final du produit et son délai de fabrication :

    • comptez, en général, un supplément de 25 à 50% du prix du modèle de départ
    • un délai de réalisation entre 3 et 4 mois.

    Sachez également qu’il vous sera, le plus souvent, demandé un acompte de 50% du prix final et qu’il est impossible d’échanger ou de se faire rembourser une paire MTO. 

     

     

     

    Les chaussure sur mesure 

     

    nous touchons ici au St Graal de la chaussure en termes de conforts et de personnalisation.

    Mais aussi pour ce qui est du prix ! 

    Si elle est réalisée au sens noble du mot mesure nous sommes ici en présence d’une chaussure qui a été confectionnée, de A à Z, spécialement et uniquement pour vous.

    Cela à un coût : un minimum de 2000€, voire bien plus.

    Il faut, en plus, comptez parfois jusqu’à un an pour recevoir votre paire. 

     

    Non ne partez pas tout de suite ! Je vais vous expliquer pourquoi cela coûte si cher.

    Montage réalisé à la main par la maison Clairvoy

    Montage réalisé à la main par la maison Clairvoy

     

    D’abord sachez que les chaussures sur mesure sont réalisées à la main.

    C’est à dire que le semellage (cousu Blake, Goodyear, Norvégien ou autre) est réalisé entièrement à la main sans l’aide d’une machine. 

    Pour moi c’est le seul type de souliers qui méritent cette appellation. 
    Note : pour les chaussures Jacques & Déméter de nombreuses étapes sont réalisées entièrement à la main mais, le montage, est réalisée par une machine dans laquelle l’artisans guide la chaussure.
    C’est pour cela, toujours dans notre volonté de transparence et d’honnêteté, que nous ne qualifions pas nos chaussures de « faites main »

     

    Vous le savez une chaussure est très complexe à réaliser et il est rare qu’une même personne puisse tout faire toute seule de la conception de la forme jusqu’au semellage en pensant par le piquage. 

    Nous avons donc une fabrication unique et à la main, faisant appelle à des artisans peu nombreux et très qualifiées.

    Vous commencez à comprendre pourquoi cela est très long et coûteux non?

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    Concrètement, tout commence par la mesure de votre pied par le bottier.

    Il va également en profiter pour discuter avec vous du style que vous souhaitez obtenir, des couleurs, du cuir, etc.

    Contrairement aux deux autres cas vous êtes totalement libres. Vous pouvez réaliser un design unique. 

    Compte tenu des mesures de votre pied et de vos souhaits (chaussures allongées, rondes, larges, étroites, etc.) le bottier va faire réaliser une forme (par exemple par un artisan formier comme Hervé Brunelle).

    Cette forme sera unique, parfaitement adaptée à la morphologie de votre pied. 

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    Il va falloir ensuite traduire, sur cette forme, le design unique que vous souhaitez pour obtenir le patronage nécessaire à la fabrication de la chaussure. 

    A partir de la il va pouvoir couper les différentes pièces nécessaires à la réalisation de la tige et l’envoyer à un atelier spécialisé dans le piquage.

    Cela fonctionne quasiment toujours ainsi: un bottier réalise très rarement le piquage en interne.

    Le piquage est également la seule étape qui sera réalisée avec une machine. Coudre une tige à la main est tout simplement inenvisageable. 
    Note :  les cuirs utilisés pour les chaussures sur mesure sont, bien souvent, d’une qualité incroyable et incomparable par rapport à ce qui se fait en PAC ou MTO

     

    Jusqu’ici vous pensez que ce sont les mêmes étapes que celle que je vous ai déjà expliquées dans mon article.

    Ce n’est pas faux.

    Mais elles sont faîtes à la main, dans des endroits différents et pour une seule et unique paire de chaussures.

    Mais au lieu de monter et assembler directement la tige, le bottier va l’attacher de façon provisoire afin que vous puissiez l’essayer pour voir si cela correspond à vos attentes pour tout ce qui est design et confort.

    Il faut donc convenir d’un second rendez-vous avec le client. 

    S’il y a des ajustements le bottier doit retravailler la forme et donc le patronage jusqu’à ce que cela corresponde aux souhaits du client. 

    Ce n’est qu’à ce moment la que le bottier va réaliser, à la main le montage et le semellage de la paire de chaussures.

    Vous réalisez le nombre d’heures de travail que tout cela représente par rapport à une paire PAC ou même MTO?

    en mesure le patronage est unique et réalisée pour vous

    en mesure le patronage est unique et réalisée pour vous

     

    Illustrons cela.

    Si l’on considère qu’une paire de chaussures sur mesure, hors taxes, coûte 2000€. Sur cette somme, si tout se passe bien, imaginons que le bottier réalise un bénéficie de 1000€.

    Si enfin tout cela est réalisé par un atelier de 2 personnes il leur sera possible, au mieux, de réaliser 100 paires de chaussures par an.

    Nous arrivons donc à un revenu de 50 000€ / personne pour un an. Nous sommes d’accord c’est confortable mais ce n’est pas non plus un salaire indécent non?

    Sauf que ce scénario que je vous décris est celui idéal d’une grosse année ou tout se passe bien pour un bottier dont la réputation n’est plus à faire.

    Les bottiers ont très souvent des employés et apprentis qu’ils doivent rémunérer.

    Compte tenu des modifications et des voyages pour rencontrer leurs clients il est rare qu’ils réalisent un bénéfice de 1000€ / paire et surtout faire 100 paires sur mesure en une année est un sacré challenge vu le nombre d’heures de travail que cela représente! 

    Une chaussure sur mesure, vu la quantité de travail qu’elle implique, ne représente pas autant de profit pour son fabricant que ce que vous pouvez imaginer.

    Pour en avoir rencontré plusieurs, les bottiers font cela plus par amour et désir de confectionner des chaussures magnifiques que par amour de l’argent! 

    A titre d’exemple je vous invite à regarder ces deux vidéos sur la réalisation d’une botte sur-mesure par le bottier Anthony Delos: 

     

    Partie 1:

     

    Partie 2:

     

    Je ne vous ai pas parlé des chaussures personnalisables derrière votre écran d’ordinateur ou encore de celle ou votre pied est modélisé en 3D.

    Pour moi cela relève du gadget et n’avait pas sa place ici. 

    Alors, plutôt PAC, MTO ou Mesure? 

     


    Je suis le co-fondateur de Jacques & Déméter. Après des études d'ingénieur et un passage dans un cabinet d'audit j'ai décidé que je souhaitais concilier mon travail à l'une de mes passions. J'ai alors tout abandonné et je me suis lancé!


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